Quelques pas de plus: mon avis!

[TW: validisme (surtout envers les personnes malades psychiques), violences à l'encontre des amérindiens, mention de viol sans détails]

 

J’ai récemment lu quelques pas de plus d’Agnès Marot, grâce à cet update lecture de Cordélia et aussi grâce à son top des héroïnes inspirantes. Et pour être sincère avec vous, j’ai vraiment aimé cette lecture ! Le personnage principal est handicapée, le handicap est bien représenté, il y a de l’action, du suspense, et les personnages sont attachants. Mais ensuite, j’ai lu la critique su blog planète diversité, un blog qui milite pour une juste représentation des minorités dans la littérature, je vous recommande de le visiter, les articles sont vraiment bien faits, vous allez faire des découvertes ! Cette critique soulevait certains aspects problématiques du livre que je n’avais pas remarqué, notamment sur la manière dont est traitée la culture amérindienne, et ça m’a pas mal fait réfléchir sur ma manière d’appréhender les œuvres littéraires.

Je vais donc vous parler de ce livre et de mes réflexions en toute simplicité et en toute sincérité. Je n’ai pas l’avis ultime sur les œuvres que je présente, il peut y avoir des aspects dérangeants que je n’ai pas remarqués, et ça vaut pour toutes mes vidéos et mon blog. Mes vidéos et mes articles de blog sont un premier filtre pour savoir quel livre est susceptible de vous intéresser, cependant cela ne veut pas dire que vous devez laisser votre esprit critique au placard pendant la lecture ! C’est d’ailleurs très intéressant de voir divers avis sur un même livre, surtout lorsqu’il est question de la représentation des minorités discriminées. J'ai longuement hésité à faire cette critique en vidéo, mais j'ai pensé que le format blog serait plus approprié. Si vous souhaitez voir une version vidéo de cette critique, dites-le-moi :)

 

 

 

De quoi sa parle?

 

Ce livre raconte l’histoire de Sora, une lycéenne française qui doit utiliser des béquilles pour se déplacer à cause de son handicap. Au fil de l’histoire, on apprend que sa sœur est confrontée au démon d’une légende de leurs ancêtres amérindiens, Sora va donc essayer de la sauver en allant sur les traces de ses origines amérindiennes.

 

 

L'ecriture

 

J’ai bien aimé l’écriture de l’autrice, avec ces descriptions immersives et courtes. La relation entre les deux sœurs, Kay et Sora m’a aussi beaucoup touchée ! C’est vraiment un livre facile à lire. Il y a une alternance entre la narration du passé, et du présent, dans deux lieux différents, cela mettait en avant l’action et les différents mystères, j’ai trouvé les flashs backs bien reliés aux diverses actions dans le présent, il n’y avait pas de coupure dérangeante.

 

La représentation du handicap physique

 

Il y a pas mal de diversité et une bonne représentation dans ce livre, c'est un bon point! Au niveau LGBT+, on n'a pas C’est le gros point positif de ce livre ! On a une héroïne handicapée dans une histoire qui ne tourne pas autour de son handicap. Je n’ai rien contre les histoires centrées sur le handicap, mais force est de constater que lorsque le handicap est traité en littérature, c’est souvent le sujet principal du livre. Là c’est un sujet important, certes, mais ce n’est pas l’intrigue principale, ce qui est assez rare pour être souligné, car c’est avant tout un récit d’aventure fantastique. Les douleurs chroniques sont très bien décrites, ayant des douleurs chroniques moi-même, voir un personnage ayant ce point commun avec moi m’a beaucoup plu. On voit bien les conséquences des douleurs sur le quotidien et les adaptations qui sont nécessaires et qui permettent d’améliorer sa vie et sa mobilité. C’est le cas, par exemple lorsque Sora s’achète un tabouret roulant pour pouvoir se déplacer plus facilement chez elle et pouvoir porter des objets, car ses mains sont d’habitude occupées par ses béquilles. Le handicap n’est pas uniquement un prétexte à l’action, mais c’est un véritable élément du livre qui est approfondi, notamment avec toutes les références qui sont faites à la théorie des cuillères. Je pense que ces passages peuvent aider les valides à mieux comprendre le quotidien d’une personne qui vit avec des douleurs chroniques, en les lisant je me suis sentie moins seule, et c’est super important ! On parle aussi des soins de Sora, et l’autrice nous réserve une bataille à béquilles absolument jouissive ! Le problème des handicaps non reconnus et du validisme dans les transports en commun sont aussi abordés. Bref, la partie handicap était super bien traitée, on a une héroïne handicapée attachante et forte, sans que l’auteure utilise la pitié ou l’inspiration porn. Donc oui, la représentation du handicap de Sora est vraiment bien gérée.

 

L'emploi du vocabulaire de la folie

 

Malheureusement, ce livre contient du validisme à l’égard des personnes ayant une maladie mentale. C'est malhereusement loin d'être une exeption, la plupart des livres contient d'ailleurs du validisme à l'égard des personnes malades psychiques. Je me doute que ce n’est pas intentionnel de la part de l’auteure, mais il faut avouer que certains choix sont très maladroits. Je vais vous citer un exemple parmi d’autres, avec l’emploi d’un mot que j’en ai marre de voir utilisé à tort et à travers, pour tout et n’importe quoi: le mot « fou ».  

Je n’aime pas du tout le fait de qualifier les personnes atteintes de maladie mentale de « fou » ou de « folle », car je trouve que ces mots ont une connotation très dédaigneuse et condescendante, faisant oublier au passage que les personnes ayant une maladie psychique doivent être respectées. Mais il faut bien avouer que ce mot désigne les personnes atteintes d’une maladie psychique, l’utiliser pour tout et n’importe quoi ou comme insulte envers une personne malade est à bannir. Dans quelques pas de plus, le vocabulaire de la folie est souvent utilisé pour décrire les personnages violents qui sont possédés par un démon, comme par exemple avec cette phrase à la page 162 «  Ses yeux sont fous, exorbités par la haine. ».

Et c’est assez malvenu pour plusieurs raisons. Premièrement, les personnes ayant une maladie mentale souffrent parfois d’isolement social, qui en général ne fait qu’aggraver la maladie et faire souffrir la personne concernée. Et cet isolement social est en partie crée par le gros préjugé, comme quoi, les personnes ayant une maladie mentale sont dangereuses et violentes. La majorité des homicides ne sont pas commis par des personnes malades, et oui, une personne tout à fait saine d’esprit peut faire des choses absolument horribles ! Beaucoup de personnes ayant une maladie mentale ne sont pas violentes, mais subissent malheureusement la violence qui touche plus souvent les personnes isolées socialement. Et devinez qui est-ce qui est isolé socialement à cause des clichés et du validisme de merde ? Les personnes malades ! Ce n’est pas moi qui l’invente, j’ai lu plusieurs articles à ce sujet et j’en ai pas mal discuté sur Twitter avec d’autres personnes. D’ailleurs je vais vous citer un article de Pauline Fréour paru en 2016 dans le Figaro ayant pour titre : « trop d’idées fausses sur les malades psychiatriques ». Dans cet article, on peut lire : « «Les personnes souffrant de troubles mentaux ne sont que rarement impliquées dans une violence faite à des tiers: tous types de violence confondus, 3 à 5 % seulement des actes violents seraient dus à des personnes souffrant de troubles mentaux», écrivait en 2011 la Haute Autorité de santé à l'issue d'une audition d'experts sur la dangerosité psychiatrique. […] Mais plutôt qu'agresseurs, les malades psychiatriques sont très souvent victimes: 7 à 17 fois plus que la population générale, selon les études. Maltraitance, harcèlement, viol sont favorisés par l'isolement social qui est souvent leur lot. ». Je trouve donc que faire ce rapprochement entre un personnage violent et la maladie mentale est très problématique, et même dangereux pour les personnes malades. D’ailleurs, on sait pourquoi dans l’histoire ce personnage est violent, c’est par ce qu’il est possédé par un démon, ce qui n’a rien à voir avec le fait d’être malade. Et c’est aussi problématique, car dans l’imaginaire collectif, un peu plus ancien, et même actuel, parfois, les maladies mentales étaient liées à une possession, donc la personne malade plus vraiment considérée et respectée comme une personne... Faire ce parallèle là avec l’utilisation de la maladie mentale dans un tel contexte, c’est vraiment un gros problème. Donc je vais revenir sur ce que j’ai dit, le handicap physique est bien traité dans ce livre, mais pas les maladies mentales. 

 

La violence

 

Si vous souhaitez lire ce livre, il faut que je vous prévienne qu’il y a quand même pas mal de violence physique, ce qui m'a personnellement pas mal surpris.

 

 

La représentation de la culture Navajo

 

C’est sur ce point que la critique de planète diversité m’a fait réfléchir. Je me disais que la culture amérindienne et surtout navajo avait été plutôt bien traitée car l’autrice avait l’air d’avoir fait des recherches et que la marchandisation de cette culture et les problèmes posés par l’industrie touristique étaient abordés à plusieurs reprises, ainsi que le fait que les amérindiens aient été dépossédés de leurs terres. J’ai trouvé ces aspects bien gérés. Cependant, après avoir lu la critique de planète diversité, je me suis demandé si j’avais appris des choses sur la culture Navajo. Et bien, à part sur un rituel dont je ne peux pas vous dire grand-chose pour ne pas vous spoiler, je n’ai pas appris grand-chose, c’est vraiment dommage. Les personnages navajos n’étaient pas très approfondis, et étaient plutôt des fonctions dans le récit, c’est vraiment dommage qu’ils n’aient pas été développés, on ne s’attache pas trop à eux et c’est vraiment dommage de ne pas avoir mis cette culture plus en valeur, elle est plus un prétexte à l’action. Donc le traitement de la culture navajo n’est pas le point fort du roman et est sous certains aspects problématique.

 

 

 

J'ai apprécié ce roman, pourtant, je reconnais ses défauts

 

Est-ce que j’ai apprécié ma lecture, sincèrement? Oui. Est-ce que je reconnais que ce roman est problématique en ce qui concerne les maladies psychiatriques et la culture navajo ? Oui. Est-ce que je me suis parfois sentie blessée? Oui. Et je pense que les deux sont importants. Oui, j’ai aimé ce livre car je me suis identifiée à la protagoniste par rapport à son handicap, et c’est très important, vu le peu de représentation qu’ont les personnes handicapées dans les médias et dans la fiction, on est vraiment invisibles. L'auteur a bien traité la douleur chronique, et c'est rare! Et le fait de voir un personnage handicapé positif m’a peut être rendue un peu trop enthousiaste et du coup j’ai peut-être été moins regardante sur les aspects dont je vous ai parlé avant.

Mais je reconnais que ce livre n’est pas parfait, et c’est important aussi de prendre du recul par rapport aux œuvres qu’on aime. Et quand on aime lire, on a envie aussi de parler des défauts des livres qu’on lit pour faire progresser la littérature et les causes qui nous sont chères. Car oui, on mérite une bonne représentation dans la littérature, une représentation dans des œuvres de qualité. Et j’ai envie de souligner ce qui m’a plu et ce qui m’a posé problème pour que vous puissiez avoir une idée de si vous souhaitez lire ce livre ou non, mais aussi pour pousser en avant la littérature, l’améliorer et discuter de mes lectures avec vous. Oui, je sais que mon avis personnel ne changera rien, mais c’est en étant exigeantes et exigeants avec nos œuvres favorites que nous leur rendons justice, que nous faisons avancer notre militantisme, notre esprit critique, et que nous faisons peut être avancer la littérature et les causes qui nous sont chères. Et en y réfléchissant, peut être que nos avis évolueront dans le temps, et c’est pas grave ! Nous évoluons tous et toutes donc c’est normal que nos opinions sur les œuvres que nous lisons changent aussi.

Ça m’a beaucoup apporté de rencontrer le personnage de Sora, handicapée elle aussi pendant que j’étais à l’hôpital, est-ce que les défauts du livre doivent éclipser cet aspect vraiment positif et même libérateur ? Donc oui, j’ai aimé ce livre, mais je reconnais ces défauts.

 

On se retrouve très bientôt sur les réseaux sociaux, sur le blog, mais aussi sur ma chaine Booktube!

 

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